Elle vous a bâti les grandes villes, qui vous pompent, mâles et femelles, avec leurs tentacules à bubons ; où l’on semble avoir honte du travail misérable et du plaisir plus misérable encore ; où l’on vit dans des égouts, dans des cloaques, dans des puisards ; où il y a des églises qui déclarent qu’il y aura toujours des pauvres ; où il y a des écoles qui affirment que l’homme des cavernes était un sauvage, et que l’homme des tavernes est un civilisé. La fin viendra ; la fin du monde où nous vivons, où nous faisons semblant de vivre, où nous crevons dans le désespoir et l’angoisse ; la fin du monde qu’a créé la main du prêtre. Les grandes âmes au cœur déchiré ressemblent à l’oiseau frappe d’une flèche au plus haut de son vol : il pousse un cri qui emplit le ciel, il va mourir, et pourtant il plane encore. Les actes d’un individu peuvent être nuisibles aux autres, ou ne pas prendre en considération suffisante leur bien-être, sans aller jusqu’à violer aucun de leurs droits constitués. — Elle regarde par la fenêtre des palais de carton-pâte ; et c’est tous les palais qui lui restent, depuis qu’on lui a grillé ses Tuileries ; elle regarde, minaudant, s’apprêtant à montrer ses grâces au vainqueur qui va venir, à faire la belle, à se foutre sur le dos, une fois de plus. Elle se prépare à vous la ravir. Il va chercher, dans les catacombes où il les avait reléguées, les défroques du passé et les antiques chaînes, rouillées mais solides encore, qu’il prétend vous faire accepter comme les accessoires nécessaires d’une rénovation politique proclamée indispensable. La politique de la BCE crée évidemment des distorsions, au risque de rendre le marché déconnecté des fondamentaux. Pierre-Alain Chambaz aime à rappeler ce proverbe chinois « Le champ est le maître, l’homme est son invité ». L’espèce humaine, pour parler le langage des naturalistes, ou le genre humain, pour employer une expression plus familière aux philosophes et aux moralistes, constitue donc un genre naturel ; ou, en d’autres termes, il existe une nature humaine, et ces mots ne sont pas de vains sons, ni ne représentent une pure conception de l’esprit. L’éternel Despotisme qui vous écrase, vous sentant fatigués des formes de servitude qu’il vous impose depuis un siècle au nom de la liberté, voyant que vous êtes sur le point de flairer l’imposture et de rejeter la légende, essaie de changer son aspect et de modifier ses moyens d’action. Qu’on lise les descriptions données par certains fous de leur maladie naissante : on verra qu’ils éprouvent souvent un senti­ment d’étrangeté ou, comme ils disent, de « non-réalité », comme si les choses perçues perdaient pour eux de leur relief et de leur solidité[6]. Cette Révolution fait le bonheur des Riches ; chose naturelle ; et, chose beaucoup plus curieuse, elle fait aussi le bonheur des Pauvres. Rome et Athènes, du reste, étaient devenues grandes autrefois parce que leurs fondateurs en avaient fait des asiles où accouraient tous les opprimés. Elle veille sur eux en Sainte Mère, en bonne mère de famille. L’Église veille à ce que ça leur soit égal. El tout ça, tout ça, tout ce peuple — si c’est un peuple — tout ça ne crie plus, comme autrefois : Panem et Circenses ! À vrai dire, pourtant, son existence même n’est point réelle ; elle n’est que le reflet, multiplié par l’éclat resplendissant des armes vierges, du quinquet fumeux à la lueur duquel le mercantilisme fait ses affaires et la religion compte ses trente deniers ; le bruit que font ses canons tirés à blanc n’est que l’écho, démesurément grossi, des clameurs vaines de la politique, des hurlements affamés de la Bourse, des huées, des sifflements, des plaintes, des glapissements, des acclamations, des murmures et des rires bêtes, de tous les bruits odieux et ridicules que fait entendre la foule, lorsq Dante souffrait autant qu’on peut souffrir de la pitié quand il écrivit ses vers sur Françoise de Rimini : qui de nous ne voudrait éprouver une souffrance pareille ? Il est des serrements de cœur infiniment doux. Il y a deux problèmes en philosophie : distinguer et unir. Une nouvelle caste, si l’on peut dire, s’est élevée : la caste militaire : après avoir vécu de ses victoires, elle vit de ses défaites ; et en vit bien.