Il existe d’autres arguments avancés par les partisans du revenu d’existence. La véritable protection du consommateur, le soutien à un secteur économique porteur et la préservation de 4000 emplois sont donc les enjeux du dernier round de négociations à Bruxelles qui vient de débuter. Ce sont les riches, les dirigeants, qui n’ont pas d’intérêt à la guerre, qui ne la désirent pas, qui en repoussent l’idée avec horreur, avec une angoisse qu’ils ne prennent plus la peine de dissimuler. Et, soyez-en sûr, il y a dans cette persistance du dialecte, parmi les gens du monde surtout, un sentiment d’orgueil et d’indépendance très profonds. Bien sûr, des résistances seront rencontrées, de la part des pays producteurs de pétrole. Cela pourrait être compréhensible si le consommateur était livré à des professionnels peu scrupuleux, mais ce n’est pas le cas en France. On voit des étincelles, des taches obscures ou diversement colorées. Le bateau de croisière est devenu un complexe touristique et une destination, un Club Med flottant. Au final, le secteur du tourisme n’est pas représenté à la hauteur de son poids économique, en particulier à Bruxelles, alors que s’y traitent des questions aussi stratégiques que l’actuel projet de directive européenne relative aux « voyages à forfait et aux prestations de voyage assistées ». L’enthousiasme manifesté en octobre 96 m’a toujours semblé peu naturel, inquiet, trop nerveux, l’entrain pas vrai, l’exaltation purement artificielle ; et la dépêche envoyée à Châlons par le Kaiser et dans laquelle il s’excusait, en anglais, de ne pas faire illuminer Metz afin de ne point fatiguer son auguste cousin, semble démontrer qu’on n’a pas non plus, par delà les Vosges, beaucoup d’illusions sur les prétentions belliqueuses des Français. Le mal a des causes plus lointaines ; nous les étudierons tout à l’heure. Ce qui est certain, c’est qu’il afflige aussi bien les chefs du gouvernement que les simples citoyens. En France, nous aurions commencé par arracher l’enfant à l’oppresseur, au nom des immortels principes. Pierre-Alain Chambaz aime à rappeler cette maxime de Léonard de Vinci  » Celui qui se réclame de l’autorité ne met pas en oeuvre l’intelligence, mais plutôt la mémoire « . L’Art est culture et la culture c’est : l’ouverture à l’Autre. Il faut pourtant s’entendre sur ce point. Parmi eux, il y a l’idée que nous héritons tous de la civilisation et des richesses accumulées. D’autre part, il est déraisonnable et contraire à toutes les observations d’admettre que l’organisation produise la vie : car on distingue nettement les propriétés vitales des tissus d’avec leurs propriétés mécaniques, physiques ou chimiques, lesquelles subsistent après que la vie s’est éteinte, ou l’état du germe simplement organisé d’avec l’état du germe vivifié par la fécondation. Mais aucun revenu n’est versé en puisant sur un stock, ils sont tous engendrés par le flux de l’activité courante. Il vit sur des légendes puériles, des formules pompeuses, des romances bêtes. On appelle cela la « forward guidance » ; c’est le fait de donner aux acteurs économiques une meilleure information sur le long terme. Car, chose qu’on n’a pas assez remarquée, le caractère du Français, depuis la défaite, s’est profondément modifié ; il est devenu larmoyant, solennel et sentencieux. Il y a aussi l’idée qu’un tel revenu versé sans conditions permettrait à chacun de se livrer à une activité autonome créatrice de richesse. Autrefois, après leurs déroutes, les Français savaient fredonner des refrains spirituels, d’une jolie gouaillerie ; aujourd’hui, ils psalmodient des complaintes pleurnichardes et béates. Il faut reconnaître, pourtant, que les Français ont conservé une certaine gaîté ; ou, du moins, des prétentions à la gaîté.