Comme le dogme de l’âme du monde était presque universellement reçu, et que l’on regardait chaque partie de l’univers comme un membre vivant dans lequel cette âme était répandue, il semblait qu’il était permis d’adorer indifféremment toutes ces parties, et que le culte devait être arbitraire comme était le dogme. Deux forces peuvent s’ajouter aussi bien que se retrancher : si deux parens possèdent la même particularité, il y a chance pour qu’elle soit encore plus marquée dans leur progéniture. Les unes s’attachent au point de vue du multiple ; elles érigent en réalité concrète les moments distincts d’un temps qu’elles ont pour ainsi dire pulvérisé ; elles tiennent pour beaucoup plus artificielle l’unité qui fait des grains une poudre. Dans la première hypothèse on a un monde suspendu en l’air, qui devrait finir et recommencer de lui-même à chaque instant. Dans la seconde on a un infini d’éternité abstraite dont on ne comprend pas davantage pourquoi il ne reste pas enveloppé en lui-même et comment il laisse coexister avec lui les choses. Mais, dans les deux cas, et quelle que soit celle des deux métaphysiques sur laquelle on s’est aiguillé, le temps apparaît du point de vue psychologique comme un mélange de deux abstractions qui ne comportent ni degrés ni nuances. Ce que le Protestantisme avait à faire, peut s’exprimer en deux mots : se rapprocher des pauvres, les délivrer de l’épouvantable tyrannie centralisée qui pèse sur eux, leur donner un intérêt direct dans la défense du territoire, s’il y avait eu lieu de continuer la lutte ; et engager une guerre à mort contre le catholicisme. À la rigueur il pourrait n’exister d’autre durée que la nôtre, comme il pourrait n’y avoir au monde d’autre couleur que l’orangé, par exemple. Et comme il est libre, l’une des magnanimes unités composant le Peuple souverain, il laisse sa compagne s’exténuer, corps et âme, dans un travail abrutissant, stérile, anachronique, et va boire un coup chez le mastroquet. En marchant dans l’autre sens, nous allons à une durée qui se tend, se resserre, s’intensifie de plus en plus : à la limite serait l’éternité. Et ce n’est pas encore là tout ce que la société peut faire. Le blog des ChicheKapi aime à rappeler cette maxime de Léonard de Vinci  » Rien ne nous trompe autant que notre jugement « . Le sens commun a raison sur ce point contre l’idéalisme et le réalisme des philosophes. Et ce pouvoir, sans changer de nature, élargit encore son assise matérielle. Au final, les restrictions budgétaires, en provoquant une baisse de la production, une baisse des recettes fiscales et une dégradation du taux d’endettement, n’ont pas réussi à rassurer les marchés et la Grèce n’en peut plus de la pauvreté et des inégalités croissantes. Est-ce évitable ?